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Poésie au hasard

Les Violettes et les Abeilles

Vous voilà de retour, petites violettes !
Épanouissez-vous, levez vos humbles têtes ;
L’aurore impériale à nos cieux vient briller.
Souvenirs embaumés, qu’on aime et qu’on respire,
Vous parfumiez jadis les jardins de l’Empire,
Fleurissant pour César, à côté du laurier.

Vous qui preniez le monde au bout des baïonnettes,
Vieux soldats, vous portiez ces douces violettes
Auprès du ruban rouge, un rubis de vos camps,
Un don de l’Empereur, et l’on aurait pu croire
Qu’il vous sortait du cœur, pour ce dieu de la gloire,
Une goutte de sang avec un grain d’encens.

L’abeille aussi revient et suit sa fleur chérie.
Abeilles des beaux-arts, de l’active industrie,
Artistes, ouvriers, plus d’émeute, de fiel :
Ne souillez pas la France, ornez-la de merveilles ;
Ne soyez pas serpents, vous que Dieu fit abeilles,
Dédaignez le venin, vous qui faites le miel.
Oui, le Napoléon qui trône dans l’histoire,
Fut grand ; au pas de charge il marcha vers la gloire ;
Ses canons voyageurs à l’éclatante voix,
Criaient partout son nom ; empressés et dociles,
Ils ouvraient devant lui les portes de cent villes,
Et semblaient des valets qui l’annonçaient aux rois.

Notre Napoléon, sans canons et sans flammes,
Livre aussi des combats ; il détrône des âmes
La révolte, la haine, il lutte, il est vainqueur.
Leur histoire à tous deux sera grande et féconde :
Pour vaincre, l’un pâlit sur la carte du monde,
L’autre n’étudia que la carte du cœur.

Tous deux eurent la foi : l’un, prenant la bannière,
Vint abriter la France, et chrétienne, et guerrière,
Sous les plis des drapeaux et l’aile du Seigneur.
À l’ardente lueur des villes enflammées,
Il ne voulut prier que le Dieu des armées,
L’autre invoque aujourd’hui le Dieu du moissonneur.

Voyez comme il combat l’impie au vil blasphème !
Il veut que notre France ait la splendeur suprême,
Mais que joignant les mains, brûlant d’un divin feu,
Elle demande à Dieu sa force et sa lumière ;
Soit à la fois superbe et fervente, humble et fière,
Souveraine du monde et vassale de Dieu !

Puis à la poésie, encore en pleurs naguères,
Il rend son frais royaume au pays des chimères,
Son long manteau de pourpre et son voile argenté,
Qui restaient accrochés à quelque barricade ;
Il remet la couronne à son beau front malade,
Qu’un pavé de l’émeute avait ensanglanté !
Vainqueur du communisme, il le frappe et le chasse,
Protège le foyer, saint autel qu’on menace,
Où la mère indulgente, aux pardons assurés,
Est la divinité qu’on prie et qu’on adore ;
Les enfants sont les fleurs dont l’autel se décore,
Et les douces vertus en sont les feux sacrés.

Prince, votre nom luit jusqu’au désert aride
Qu’habitent seuls l’Arabe et le soleil splendide ;
Et ce nom lumineux, brillant comme un rayon,
Fait resplendir les fronts sous la tente africaine ;
Car du fils des déserts, tout meurtri de sa chaîne,
Vous brisez les fers ; l’aigle a compris le lion.

Tout vous bénit, vous suit avec des yeux avides,
Et notre jeune armée, et nos vieux invalides ;
S’ils ont perdu leurs bras, ils ont gardé leurs cœurs !
Toutes les mains dans l’urne ont mis ce nom qu’on aime,
La main rude ou gantée, et la femme elle-même
Vous jette son bouquet, et vote avec des fleurs.

Pour former ces bouquets, pressez-vous, violettes.
Abeilles de Paris, ô peintres ! ô poètes !
Reprenez votre essor, vif essaim travailleur.
Le prince vous appelle, encourage vos veilles :
Symboles du travail, les actives abeilles
Seules étoileront son manteau d’empereur.


Anaïs Ségalas -